Extrait de novembre  2003
DES GENS DíICI !
Annick et Bruno Heureux,   Rue de la Vallée 3 boite1, 4280 Thisnes

Fille aînée d'un papa flandrien, coiffeur, et d'une maman professeur de piano, Annick passe son enfance et sa jeunesse à Bruxelles. Bruno, lui, est né à Braine-le-Comte, au sein d'une fa­mille originaire du pays d'Ecaussinnes; Il re­tourne encore au pays car sa maman de 90 ans vit toujours à La Louvière. Il est issu d'une fa­mille d'enseignants. La « rencontre B, (mot féti­che <chez Bruno) la plus importante de sa vie au­ra lieu à Leuven, avant que le pavé symbolique ne soit transporté à Louvain-La-Neuve. La demoiselle en question y fait une licence en philo­logie romane, tandis que Bruno suit une forma­tion en éducation physique et en kinésithérapie. Annick sera séduite, entre autres, par sa gui­tare et sa belle voix.
Je pense que vous découvrirez tout au long de ce récit un couple à la fois très uni et plein de paradoxes. Ce qui amène les « Heureux» dans notre région, c'est le travail d'Annick: elle fera toute sa carrière de prof, partagée entre le Saint-Coeur de Marie et le Collège. A l'époque, elle ne se déplace qu'à pied, d'où la nécessité de ne pas s'installer trop loin. C'est ainsi qu'ils arri­vent, comme le dira Bruno dans son 33 tours, dans « ma vallée », chanson écrite parce qu'il se sentait bien chez lui en cet endroit. Les deux fils du couple: Marc et Bill sont nés ici. La carrière professionnelle de Bruno a débuté en tant que directeur du centre ADEPS à Seneffe, puis comme prof d'éducation physique et de sciences à Wolluwé et, enfin, à la direction de l'Institut Ste-Begge à Andenne. Actuellement, les « Heu­reux » sont tous deux prépensionnés.
Leur loisir commun: leurs fils et leur peti­te-fille Charlotte qui occupe beaucoup de place. Mais, pendant qu'Annick lit, qu'elle marche, Bruno fait du vélo et écrit «tout ce qui lui tomee sous le bic » : des poèmes, des articles, de la musique... Il lit aussi bien sûr, et il se serait même attaqué à la photo (un vrai boulimique! ) Petit bémol, en ce qui concerne la photo: en ef­fet, les lecteurs de rencontre ne peuvent pas avoir de réelle certitude...Mais, ne croyez surtout pas que sa petite épouse, toute dis­crète, soit en reste: elle a énormément d'activi­tés: l'animation paroissiale, le renouvellement des abonnements à la revue de l'Enfant-Jésus, ce qui lui donne l'occasion de rencontrer des per­sonnes à qui elle fait des visites. De surcroît, elle donne bénévolement des cours d'alphabéti­sation pour belges illettrés ou étrangers dési­reux d'apprendre le langue et de s'intégrer.
Bruno, lui, est occupé notamment par la Fa­brique d'Eglise, où il essaye de faire avancer les dossiers. Par ailleurs, bénévole à la Culture, il y est chargé de la communication et de reporta­ges. Enfin, il préside le « Conseil Culturel », or­ganisme ayant pour but de donner des idées, de proposer des orientations dont les animateurs du centre culturel tiendront compte en fonction des finances disponibles. Il lui reste encore un peu de temps pour le potager, les fleurs... et pour les pistolets qu'il va chercher tous les di­manches matin pour ceux qui en veulent.
Je pense que nul ne peut plus ignorer la sor­tie de son recueil poétique « Chemins et Ren­contres »*. Il en explique le titre par une envie de parler de son cheminement et des gens qu'il a croisés: Annick, ses fils, sa petite-fille, ses amis et beaucoup d'autres... Il décrit aussi les paysages qui l'ont marqué: Ecaussinne, la côte des environs de Zeebrugge, d'où son beau-père était originaire... Il aime par dessus tout, les gens simples avec qui il partage une amitié vraie, sans fioriture, qui, pour s'exprimer, pré­fère une solide poignée de main plutôt que les mots.
J'ai lu de la surprise sur son visage quand je lui ai dit à combien de jeunes il avait insuffler son goût pour la guitare.
Si je pouvais me permettre une symbolique à la façon de Bruno, je dirais du couple: les contrastes qui s'attirent: l'homme et la femme !!!
M Heusicom.
* Voir ci après

Poète de la ruralité, il se fait semeur de bonheur
    La poésie a sa plus elle plume quand elle puise ses sources dans l'amour. C'est à ce fil que tient ce bon. heur si bien décrit par Bruno Heureux.
    "Si tu veux savoir ce qui fait que je suis heureux.. " Qui nous lance cette invitation? Dans un de ses poèmes, l'heureux Bruno Heureux. la réponse, elle s'étend sur nonante-quatre pages et elle se résume en un titre: Chemins et Rencontres.
    Les chemins du bonheur, pour notre guide, ce sont díabord ceux qui sillonnent "sa campagne" " son pays ", ces "( chemins de terre qui la rident., " artères dune terre qui a de la veine et du bon sang ". " De pavés en dos d'âne, de crevasses en cahots, les pneus et les sabots croient qu'ils vont rendre l'âme... ., mais " Vieux chemin, mon ami, quand tu me prends la main, je suis comme un gamin qu'On mène au paradis..."
    Le bonheur, ne nous faisons pas d'illusion, il entre donc par les pieds. " Mes chemins sont encore longs, pour rejoindre ma maison ". C'est " la mélasse aux godasses ", " les souliers éborgnés ", Que le semeur de bonheur, la guitare en bandoulière " raconte des mondes où moutons et lions, puissants et manants font chemin, main dans la main".
Le carrefour
    Et C'ést le carrefour où fusionnent les deux mots qui composent le titre: Chemins et rencontres. le semeur de bonheur a découvert où vont ces foisonnants chemins qu'on pourrait croire aveugles. ils mènent à la rencontre. Cette " Hesbaye grasse et brune", mais aussi ce pays d'usines "aux cheminées en ruine ", aux " trois cent mille travailleurs convertis en chômeurs., C'est le rendez-vous avec un peuple de " simp/es et bonnes gens ., Qui 'transpirent vite du coeur ". Bruno Heureux leur est passionnément fraternel. 
Un homme si attentif à la voix des éléments ne connaît pas de frontières. Solidaire d'une Wallonie qui tremble de devenir  "colonie pour un voisin gourmand ", il ne peut refuser sa tendresse à cette " mer du Nord, dont on entend la voix jusque dans l'ancien port", Bruges assoupie dont " la gloire vieillie ne s'est pas effacée"., aux " canaux qui s'en courent entre les marécages jusqu'au bout des nuages", aux " paisibles bateaux chargé du lin de Flandre fauché quand il est tendre".
Jusqu'au bout du monde
    Et quand on ouvre tout grands les bras à l'autre, comment ne pas croiser la route des grands défenseurs de l'humain, le communiste Alexandre Dubcek, le socialiste Senor Allende, líélargisseur de frontières John Kennedy ou le doux contestataire Jacques Gaillot ? Comment ne pas frémir, lors des jeux de Munich, quand «  les anneaux olympIques se teintèrent de sang » , ou devant la petite Anastasija, fuyant le Kazakhstan pour échouer sur les récifs d'Une irréductible Belgique.
    Va-et-vient entre l'infime et l'immense, entre l'enracinement et l'envol, on ne síétonne pas que ce livre ait été préfacé par Julos Beaucarne.  Poésie de chansonnier qui sait faire sonner les syllabes, jouer de la phrase comme d'Un instrument, arracher toutes leurs harmoniques aux rimes et aux assonances.
    Enfin, on ne pouvait rêver de plus superbe contrepoint à ces poèmes que les photos de Gérard Mathieu. où la sensualité la plus concrète épouse le rêve. Si l'amour est le sommet de l'expérience poétique quand le poète Choisit pour objet suprême l'être aimé, il serait surprenant qu'on ne le trouve pas embusqué à tous les tournants de ce recueil et qu'il n'en soit comme la synthèse. amour de la compagne, des enfants, des humbles, des étrangers aussi bien que des frères de race, de la terre proche ou lointaine, du monde et de son au. delà. C'est le lieu où Bruno Heureux forge son bonheur et nous le partage.
Jacques HENRARD
 écrivain et critique artistique à Vers l'Avenir
FDM édition. Bruxelles
Voir aussi article paru dans Passe Partout  du 11 mai 2005